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Booz endormi

Victor Hugo

8 minutes 6EME épique Programme scolaire

Introduction

Ce poème de Victor Hugo raconte une nuit mystérieuse où le vieux Booz, ancêtre biblique, reçoit en rêve la promesse d'une grande descendance. Il s'agit d'un texte épique qui mêle l'histoire sacrée à une vision poétique puissante de la nuit et de la destinée.

Le poème

Booz s'était couché de fatigue accablé ; Il avait tout le jour travaillé dans son aire ; Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé. Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ; Il était, quoique riche, à la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ; Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge. Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ; Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse : « Laissez tomber exprès des épis, » disait-il. Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Content du vêtement, content du revenu, Et, du soir au matin, du matin au soir, nu, Et, selon ce que jugeaient les tribus civiques, Cet homme était un juste. Il habitait un bourg Au temps où les Hébreux erraient dans le désert. Il avait pour laboureurs tout un clan de pâtres, Et ses tas de froment semblaient des tours au bourg. Les femmes venaient là pour puiser à la citerne. Booz était bon maître et fidèle parent ; Il était généreux, quoiqu'il fût économe ; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand. Le vieillard, qui revient vers la source première, Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière. Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens. Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres, Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ; Et ceci se passait dans des temps très anciens. Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ; La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait, Était mouillée encore et molle du déluge. Comme dormait Jacob, comme dormait Judith, Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ; Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée Au-dessus de sa tête, un songe en descendit. Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ; Une race y montait comme une longue chaîne ; Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu. Et Booz murmurait avec la voix de l'âme : « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ? Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt, Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme. « Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi, Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ; Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre, Elle à demi vivante et moi mort à demi. « Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ? Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ? Quand on est jeune, on a des matins triomphants ; Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ; « Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ; Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe, Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe, Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l'eau. » Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase, Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ; Le cèdre ne sent pas une rose à sa base, Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds. Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite, S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu, Espérant on ne sait quel rayon inconnu, Quand viendrait du réveil la lumière subite. Booz ne savait point qu'une femme était là, Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle. Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala. L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ; Les anges y volaient sans doute obscurément, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile. La respiration de Booz qui dormait Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse. On était dans le mois où la nature est douce, Les collines ayant des lys sur leur sommet. Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ; Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ; Une immense bonté tombait du firmament ; C'était l'heure tranquille où les lions vont boire. Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ; Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait, Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

Thèmes

nuitmystèreancestralité

Thèmes expliqués

La nuit

La nuit est le cadre principal du poème. Elle n'est pas menaçante, mais mystérieuse, propice aux songes et aux interventions divines. Elle enveloppe les personnages d'une atmosphère sacrée et paisible.

L'ancestralité et la descendance

Le songe de Booz lui révèle qu'une grande lignée (celle du roi David et du Christ) naîtra de lui. Ce thème explore le lien entre un individu et la grande chaîne de l'humanité, entre le présent et l'avenir.

Analyse littéraire

Structure

Le poème est composé de 28 quatrains en alexandrins (vers de 12 syllabes). Les rimes sont croisées (ABAB). Cette structure régulière et ample convient au ton épique et solennel.

Registre

épique et lyrique

Mouvement

Romantisme

Figures de style

Comparaison

"Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril."

La barbe blanche de Booz est comparée à un ruisseau printanier, associant sa vieillesse à la pureté et à la fraîcheur.

Antithèse

"Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand."

Hugo oppose la beauté physique de la jeunesse à la grandeur morale et spirituelle de la vieillesse.

Métaphore

"Cette faucille d'or dans le champ des étoiles."

Le croissant de lune est comparé à une faucille jetée dans un champ d'étoiles, créant une image poétique et agricole pour décrire le ciel nocturne.

Explication vers par vers

"Booz s'était couché de fatigue accablé ;"

Le poème s'ouvre sur l'image du vieux Booz, épuisé par son travail, ce qui installe un climat de repos et de vulnérabilité.

"Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;"

Cette précision souligne le caractère laborieux et humble de Booz, un homme de la terre.

"Et ceci se passait dans des temps très anciens."

Ce vers, placé à la fin d'une strophe, ancre le récit dans un passé lointain et légendaire, lui donnant une dimension universelle.

Vocabulaire

aire

Espace dégagé, souvent en plein air, où l'on bat le blé.

battageaire de battage

glaneuse

Personne (souvent une femme) qui ramasse les épis de blé laissés après la moisson.

ramasseusepauvresse

asphodèle

Plante à fleurs, souvent blanche, qui pousse dans les régions méditerranéennes.

L'auteur : Victor Hugo

1802 - 1885FrançaiseRomantisme

Victor Hugo est l'un des plus grands écrivains français. Poète, dramaturge et romancier, il a dominé le XIXe siècle. Engagé politiquement, il fut un farouche opposant à Napoléon III et vécut 19 ans en exil. Son œuvre est immense et variée, allant de la poésie lyrique au roman historique.

Style d'écriture

Son style est puissant, imagé et souvent épique, mêlant le lyrisme personnel à la peinture des grands destins collectifs.

Oeuvres principales

Les ContemplationsLes MisérablesNotre-Dame de ParisHernani

Contexte historique

Ce poème est extrait de 'La Légende des siècles', vaste fresque épique publiée en 1859. Hugo, alors en exil, y retrace l'histoire de l'humanité à travers des figures symboliques. 'Booz endormi' s'inscrit dans cette volonté de donner une dimension mythique et universelle à un épisode biblique.

Questions de compréhension

Activités pédagogiques

Conseils pour réciter

Lisez le poème à voix haute en marquant la régularité des alexandrins. Adoptez un débit lent et solennel pour les descriptions, et un ton plus intérieur pour les paroles de Booz. Faites des pauses aux fins de strophes.

Respecter la prononciation des 'e' muets pour compter les syllabes.Mettre en valeur les images fortes (la faucille d'or, la barbe d'argent).Distinguer la narration et la parole des personnages (le songe, les questions de Booz).

En classe

Le portrait de Booz

20 min

Relevez tous les mots et expressions qui décrivent Booz (son apparence, ses actions, son caractère). Classez-les pour dresser son portrait moral et physique.

La carte des sensations

15 min

Identifiez dans le poème tout ce qui relève des cinq sens (vue, ouïe, odorat...). Créez une carte mentale ou un tableau pour montrer comment Hugo peint une atmosphère.

À la maison

  • Illustrez la scène finale (la faucille d'or dans le champ des étoiles) par un dessin ou un collage.
  • Recherchez l'histoire de Booz et de Ruth dans la Bible (Livre de Ruth) et notez les libertés poétiques prises par Victor Hugo.

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