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L'Isolement

Alphonse de Lamartine

Recueil : Meditations poetiques

5 minutes 1ERE elegie Programme scolaire

Introduction

« L'Isolement » est une élégie célèbre d'Alphonse de Lamartine qui exprime avec intensité le sentiment de mélancolie et de déréliction du poète face à la nature. Ce poème, écrit en alexandrins, illustre parfaitement la sensibilité romantique où le paysage extérieur reflète les tourments intérieurs de l'âme. Il constitue une excellente introduction à la poésie lyrique du XIXe siècle pour les élèves de première.

Le poème

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ; Là le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l'étoile du soir se lève dans l'azur. Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres, Le crépuscule encor jette un dernier rayon ; Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon. Cependant, s'élançant de la flèche gothique, Un son religieux se répand dans les airs : Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts. Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente N'éprouve devant eux ni charme ni transports ; Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante : Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. De colline en colline en vain portant ma vue, Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant, Je parcours tous les points de l'immense étendue, Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m'attend. » Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, Vains objets dont pour moi le charme est envolé ? Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! Que le tour du soleil ou commence ou s'achève, D'un œil indifférent je le suis dans son cours ; En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève, Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours. Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière, Mes yeux verraient partout le vide et les déserts : Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire ; Je ne demande rien à l'immense univers. Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère, Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux, Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre, Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ! Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ; Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour ! Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes vœux, m'élancer jusqu'à toi ! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ? Il n'est rien de commun entre la terre et moi. Quand la feuille des bois tombe dans la prairie, Le souffle du matin l'enlève et va courir ; Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Thèmes

solitudemelancolienature

Thèmes expliqués

La solitude et l'isolement

Le titre l'indique. Le « je » lyrique est seul face à un vaste paysage qu'il contemple sans y prendre part. Son âme est « indifférente » et il se sent étranger au monde (« Il n'est rien de commun entre la terre et moi »).

La nature miroir de l'âme

La nature est longuement décrite (montagne, fleuve, lac, forêts) mais elle ne sert pas de décor objectif. Elle reflète et amplifie les sentiments du poète : sa beauté contraste avec sa tristesse intérieure, créant une dissonance caractéristique du mal du siècle.

Analyse littéraire

Structure

Le poème est composé de 15 quatrains en alexandrins (vers de 12 syllabes). Les rimes sont croisées (ABAB), ce qui donne un rythme régulier et ample, propice à la méditation et à l'expression des sentiments.

Registre

lyrique

Mouvement

Romantisme

Figures de style

Métaphore

"« Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. »"

Le poète se compare à un mort, métaphore de son état d'âme insensible et détaché du monde des vivants.

Anaphore

"« Que me font ces vallons... / Que le tour du soleil... »"

La répétition de « Que » en début de strophe souligne l'indifférence et le désenchantement du poète face au monde.

Comparaison

"« Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie »"

Cette comparaison finale assimile le poète à un élément naturel fragile et emporté par le destin, renforçant le thème de la passivité et de la mélancolie.

Explication vers par vers

"« Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne, »"

Le poème s'ouvre sur une scène contemplative. Le cadre naturel (montagne, vieux chêne) est traditionnellement associé à la méditation et à la solitude.

"« Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ; »"

Le crépuscule, moment de transition entre le jour et la nuit, est propice à la mélancolie. L'adverbe « tristement » annonce d'emblée le ton élégiaque.

"« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »"

Ce vers célèbre résume le cœur du poème : l'absence d'un être cher (Julie Charles) rend le monde entier vide et sans intérêt, exprimant l'égocentrisme passionnel du lyrisme romantique.

Vocabulaire

aquilon

Vent violent du nord, souvent froid.

boréevent du nord

dépouille

Enveloppe charnelle, corps (par opposition à l'âme).

corpsenveloppe charnelle

L'auteur : Alphonse de Lamartine

1790 - 1869FrançaiseRomantisme

Poète, écrivain et homme politique français. Il est l'une des figures majeures du romantisme en France. Son recueil « Méditations poétiques » (1820) connaît un succès fulgurant. Il a également mené une carrière politique après la Révolution de 1848. Sa poésie est marquée par le lyrisme, la mélancolie et une spiritualité souvent teintée de doute.

Style d'écriture

Style lyrique et élégiaque, utilisant une langue harmonieuse et des images naturelles pour exprimer les sentiments intimes et les questions métaphysiques.

Oeuvres principales

Méditations poétiquesHarmonies poétiques et religieusesJocelynHistoire des Girondins

Contexte historique

Ce poème est publié en 1820 dans le recueil « Méditations poétiques », qui marque l'avènement du romantisme en France. Il est écrit après la mort de Julie Charles, la femme aimée par Lamartine, ce qui explique la profonde tristesse et la quête d'un au-delà qui traversent le texte. Le succès immédiat de ce recueil consacre Lamartine comme une figure majeure de la nouvelle génération littéraire.

Questions de compréhension

Activités pédagogiques

Conseils pour réciter

Pour réciter ce poème, adoptez un débit lent et mesuré pour respecter l'alexandrin et la gravité du ton. Marquez les pauses aux points-virgules et aux points. Variez l'intensité de la voix : plus descriptive dans les tableaux naturels, plus intime et douloureuse dans l'expression du sentiment.

Bien articuler les e muets pour compter les syllabes.Respecter la ponctuation pour la respiration et le sens.Mettre en valeur les vers clés comme « Un seul être vous manque... » par un changement de ton.

En classe

Analyse du paysage intérieur

20 min

En groupe, relevez tous les éléments du paysage décrits dans les 4 premières strophes. Puis, analysez comment le regard et l'état d'âme du poète transforment ce paysage objectif en un reflet de sa mélancolie à partir de la 5e strophe.

Jeu de lecture expressive

15 min

Par deux, les élèves choisissent un quatrain et préparent une lecture à voix haute en justifiant leurs choix d'intonation, de rythme et d'émotion. Mise en commun et discussion.

À la maison

  • Recherchez un tableau de la peinture romantique (ex: Caspar David Friedrich) et rédigez un paragraphe expliquant les points communs avec l'univers de « L'Isolement ».
  • Rédigez un paragraphe argumenté : En quoi ce poème est-il caractéristique du lyrisme romantique ?

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